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FAIRE SOCIETE ENSEMBLE
7e Congrès des associations issues de l'immigration
12 et 13 novembre 2011 - LuxExpo, Luxembourg-Kirchberg

Photos clae - paulo lobo, cliquez
Photos clae - orlando gomes
dans la presse

congresL'ouverture officielle s'est déroulée hier en présence de Mme Marie Josée Jacobs – Ministre de la Famille et de l'Intégration ;
M. Nicolas Schmit – ministre du Travail et de l'Immigration ; Mme Mady Delvaux-Stehres, ministre de l'Education Nationale ;
M. Xavier Bettel – échevin de la Ville de Luxembourg ; M. Jean-Claude Reding – président de l'OGB-L ; M. Christophe Knebeler – responsable relations publiques du LCGB; Monsieur Claude Wiseler, Ministre du Développement durable et des infrastructures (CSV); Monsieur Alex Bodry, président du LSAP , Monsieur Tun Jost (Déi Lénk) ; Monsieur Jacques-Yves Henckes (député ADR) ;
Monsieur Quique Guerrero (KPL) ; M. Félix Braz (Déi Gréng), ainsi que les représentant de plus de 70 structures associatives.

allocution d'ouverture

E
n juin 1985, sous la banderole « Ensemble pour l’égalité », le 1er Congrès des associations des immigrés fondait la plate-forme associative CLAI, le comité de liaison et d’action des immigrés. Il a été fondé par des structures associatives, syndicales et politiques de différentes origines culturelles et avec des aspirations philosophiques très variées que tout semblait diviser à première vue, si ce n’est que ces organisations, portugaises, italiennes, espagnoles principalement, étaient réunies autour d’un même engagement et de même idéaux, ceux de citoyenneté et de justice sociale… Deux changements de nom et 25 années plus tard, nous nous retrouvons pour le 7e Congrès des associations issues de l’immigration. On pourrait se demander si, en 2011, un tel congrès est toujours indispensable. Nous pensons que oui, pour au moins trois raisons.

Premièrement, malgré de grandes avancées législatives, surtout ces dernières années, et une égalité relative de droits pour les citoyens issus des pays membres de l’Union européenne, ce sont maintenant les citoyens issus des pays tiers qui éprouvent les difficultés que l’immigration portugaise, italienne,… a connues au siècle dernier. Or cette immigration devient de plus en plus nombreuse et les associations nouvellement créées sont le plus souvent originaires de ces régions du monde.

Ensuite, le fossé entre les législations et la réalité est parfois grand. Nous prendrons pour seul exemple la situation des demandeurs de protection internationale. Personne n’ignore qu’actuellement le Luxembourg fait face à des demandes de protection internationale beaucoup plus nombreuses que lors des années précédentes. Personne n’ignore non plus que nos autorités éprouvent beaucoup de difficultés à gérer cette situation. Si nous pouvons comprendre que les administrations soient débordées, nous jugeons cependant la situation inadmissible et demandons que chaque commune s’engage formellement à accueillir en son sein une partie des demandeurs de protection internationale. Nous demandons également que cesse tout discours populiste, concernant la mendicité, les vols ou un soi-disant tourisme de l’asile, entendu malheureusement de la bouche de certains de nos élus. Quelle que soient les raisons qui ont poussé ces personnes à quitter des pays jugés sûrs, ils ne l’ont certainement pas fait pour découvrir les beaux paysages du Luxembourg. Nous dénonçons la suspicion perpétuelle des dirigeants européens envers ceux qui fuient leur pays, bien que le droit d’asile ait beaucoup évolué ces dernières années au Luxembourg et en Europe. Nous avons également une pensée pour ces milliers de personnes qui, depuis quelques années ont perdu la vie en pleine mer en essayant de rejoindre une Europe considérée comme un eldorado.

Enfin, l’évolution des législations, surtout quant elles touchent aux droits des personnes de nationalité étrangère est souvent lente et sujette à nombreux débat. Je voudrais rappeler que la double nationalité a figuré parmi les résolutions du 1er congrès du Clae, en 1985. Le 5e congrès, organisé en 2000 a quant à lui évoqué la question du droit du sol et en 2006, alors que le projet de loi sur la nationalité venait d’être déposé à la Chambre des députés, nous avons insisté pour que les personnes résidant au Luxembourg depuis de nombreuses années soient exemptées des connaissances requises en langue luxembourgeoise pour accéder à la nationalité du pays. Toutes ces revendications ont été retranscrites dans la nouvelle loi sur la nationalité entrée en vigueur le 1er janvier 2009. Le nombre impressionnant d’acquisitions de nationalité luxembourgeoise ces trois dernières années montre que nos propositions n’étaient ni stériles ni irréalistes, mais qu’il faut du temps, qu’il faut convaincre les responsables politiques afin d’arriver à un but.

Il serait trop long de faire aujourd’hui un inventaire des propositions des congrès successif qui se retrouvent désormais dans l’une ou l’autre disposition législative, mais nous pouvons être fiers du travail accompli. Cependant, si ces dernières années ont permis des avancées importantes, cela ne veut pas dire que ces législations ne puissent pas être amendées et améliorées afin d’arriver à une société où les droits et devoirs des personnes quelque soient leurs origines ou leur nationalité soient de plus en plus égaux. Ce sera le rôle de ce 7e congrès d’avancer de nouvelles idées et propositions en ce sens. Si le Clae a été le précurseur en matière de double nationalité, gageons qu’il le restera en revendiquant par exemple la citoyenneté de résidence.

Cette année a été celle de bouleversements sociaux. Les citoyens de nombreux pays arabes se sont révoltés contre des régimes dictatoriaux usés par le temps et un ordre international qui les a trop longtemps méprisés. La contestation sévit également depuis quelques mois dans nos « démocraties occidentales », grippées, où l’on observe des divergences croissantes entre Etat et société. De Madrid à New-York, de nombreux citoyens du monde se sont rassemblés hier sous le slogan « solidarité, partage, égalité » avec la conviction que l'ordre politique tel qu'il est constitué ne peut plus faire face aux problèmes sociaux les plus graves. Si ces mouvements ne peuvent être comparables, ils suivent cependant une même logique : la volonté des peuples d’être dignement traité. Nous nous joignons à ces revendications pour demander que l’être humain soit à nouveau au cœur des préoccupations politiques et économiques.

La pauvreté augmente partout en Europe. Au Luxembourg, la Chambre des salariés a révélé il y a quelques jours que les salaires élevés augmentaient presque deux fois plus vite que les petits salaires. Selon les données du Statec analysées par l’OGB-L, sans les transferts sociaux, près de la moitié de la population du pays vivrait sous le seuil de pauvreté. Aujourd’hui, le travail ne protège plus de la pauvreté. Les dumping sociaux et salariaux pratiqués aujourd’hui par les pays européens ne sont pas la solution pour sortir de la crise économique qui les touche. Une crise qui provoque de nouvelles migrations internes en Europe : l’Espagne, le Portugal ou encore l’Italie, historiquement pays d’émigration, devenus pays d’immigration, renouent désormais avec leur passé. Leurs jeunes diplômés fuient aujourd’hui un avenir bouché.

Les discussions de cette journée et demie de travail vont axer les revendications du Clae pour les années à venir… Nous devrons tenir compte, dans notre analyse, de l’évolution de la situation économique et politique non seulement au Luxembourg mais aussi au sein l’Union européenne.

Nous devrons également tenir compte de l’évolution de la société et des structures associatives. Le Clae doit intégrer ces évolutions dans ses structures et dans ses activités, et, avec l’expérience du passé, avec les valeurs fondatrices de notre organisation, construire l’avenir et contribuer ainsi l’émergence d’une nouvelle conscience politique collective.

Parmi les transformations du mouvement associatif issu de l’immigration, nous pouvons relever le rôle central qu’il joue aujourd’hui dans la vie culturelle de notre pays. L’offre culturelle des associations augmente sans cesse, mais malheureusement, sans le soutien des autorités compétentes et notamment du Ministère de la Culture. Notre société, culturellement métissée, doit valoriser ces apports culturels.

Aujourd’hui, nous, citoyens du Luxembourg de nationalité étrangère ou issus de l’immigration, nous réunissons pour débattre car nous voulons être – nous sommes – acteurs de la vie politique, sociale, culturelle et politique de notre pays d’adoption. Nous voulons apporter notre contribution à la construction d’une société qui tend à réduire les différences entre citoyens, quelle que soient leur origine. Nous voulons, simplement, Faire société ensemble…

Avant de passer la parole, je tiens à remercier les nombreuses associations qui soutiennent le Clae, avec lesquelles, nous construisons, année après année, de grands évènements culturels tels que le Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté et le Salon du livre et des cultures du Luxembourg, mais aussi avec lesquelles nous construisons nos idéaux de justice sociale, de citoyenneté égale et de commune humanité, grâce à des manifestation telles que ce congrès.

 

 

 

trait documents soumis au congres
1. Statut et participation des citoyens de nationalité étrangère
2. Vie professionnelle et formation continue
3. Système scolaire et universitaire
4. Faire société ensemble : pratiques culturelles et linguistiques des personnes issues de l'immigration, des personnes de nationalité étrangère
et de leurs associations
Annexe : les pratiques linguistiques au Luxembourg
5. Conditions de vie des personnes issues de l'immigration : accueil, logement, santé

Les documents amendés par le Congrès feront l'objet d'une publication qui paraitra en début d'année 2012.

trait
résolution prise par le congres

L
es 12 et 13 Novembre 2011, le 7e Congrès des Associations issues de l’immigration s’est réuni à Luxembourg en présence des représentants de plus de 70 structures, des représentants du Gouvernement et de nombreux invités du monde politique et social luxembourgeois. Il a débattu de manière approfondie des questions relatives à une meilleure inscription des citoyens de nationalité étrangère dans la société luxembourgeoise. Le congrès, programmé tous les cinq ans, demeure un temps fort de l'élaboration des revendications et des propositions du monde associatif face aux politiques nationales et européennes en matière d'immigration, de citoyenneté et d'asile. Les structures présentes ont réaffirmé leur volonté de contribuer à la construction d'une société qui tend à réduire les différences entre les citoyens, une société sans racisme et discrimination, une société, culturellement métissée, où la reconnaissance des références culturelles de chacun permet un enrichissement mutuel. Le Congrès invite les associations à s’impliquer au sein du CLAE. Ce dernier, conscient des défis que pose le renouvellement associatif, engagera dès la fin du congrès un processus de réflexion pour se rendre encore plus réactif aux besoins.

Dans l’immédiat le Congrès considère :

Que le Luxembourg et les autres pays de l’Union européenne doivent ratifier la Convention des Nations Unies sur la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille et leur offrir ainsi un socle de droits inaliénables.

– Que le Grand-Duché a fait des avancées importantes quant aux législations régissant le droit des citoyens de nationalité étrangère, mais que de nouvelles dispositions doivent être envisagées pour garantir la libre circulation effective au sein de l’Union pour les résidents issus des pays tiers, l’égalité de traitement, et le droit de vivre en famille. Nous plaidons également pour un accès direct au travail pour les citoyens des pays entrés récemment au sein de l’Union européenne (Bulgarie, Roumanie) et pour tous les pays qui adhèreront à l’avenir.

– Que les États doivent cesser de criminaliser l’immigration irrégulière et envisager des solutions respectant l’égale dignité de l’homme.

– Qu’une politique d’asile doit s’articuler autour des principes de protection des personnes en recherche d’assistance, du droit à l’examen dans un délai raisonnable, d’une demande de protection selon les normes et garanties compatibles avec l’Etat de droit, de la garantie de droits sociaux, sans expulsion automatique en cas de refus de statut de réfugié ou d’un autre statut de protection, et avec le respect du principe du retour volontaire.

– Qu’une infraction aux règles de l’immigration et de l’asile ne justifie pas la privation de liberté. La rétention doit être une mesure exceptionnelle et le Luxembourg doit privilégier d’autres mesures moins contraignantes.

– Que toute forme de discrimination légale concernant l’accès au travail et à la formation doit disparaître (préférence communautaire, restriction d’accès selon le titre de séjour, accès à la fonction publique, délais administratif, reconnaissance des diplômes, autorisation de séjour des étudiants des pays tiers,…). Les députés européens luxembourgeois doivent également être attentifs à ces questions : les directives européennes actuelles ou en discussion sont loin de garantir l’égalité de traitement entre travailleurs.

– Que la formation professionnelle continue est devenue un élément essentiel à la qualification des travailleurs. Par conséquent, chacun, quelque soit sa qualification initiale et son domaine d’activités doit pouvoir jouir du droit à la formation continue. L’introduction d’une formation professionnelle avec des filières francophones complètes s’avère également indispensable.

– Que si la majorité des élèves sort de l’école munie d’un diplôme, le système scolaire agit encore comme un vecteur de reproduction des inégalités sociales et culturelles. L’égalité des chances et les rééquilibrages linguistiques nécessaires doivent être assurés afin de combattre le fléau social que représente l’échec scolaire.

– Que le mécanisme de bourses et de prêts instaurés par le Gouvernement en juillet 2010 et remplaçant le système d’allocations familiales pour les enfants de plus de 18 ans ayant terminé leurs études secondaires est discriminatoire envers les travailleurs frontaliers et les travailleurs immigrés dont les enfants ne résident pas au Luxembourg. De plus, nous préconisons un taux d’intérêt de 0% pour les prêts accordés.

– Que les apports culturels de l’immigration doivent trouver une place reconnue à l’école, à tous les niveaux, en tant que patrimoine concernant une partie considérable de sa population et donc de l’histoire du pays tout entier. La langue maternelle de chaque enfant est essentielle pour son développement psychologique et son succès scolaire et doit donc être valorisée.

– Que la langue luxembourgeoise ne doit pas devenir un facteur d’exclusion, mais au contraire qu’un apprentissage facilité pour les personnes de nationalité étrangère, grâce à des horaires de cours adaptés et une prise en compte du parcours individuel de chacun, soit gage d’une meilleure égalité des chances.

– Que la politique culturelle au Grand-Duché doit reconnaître, notamment par un soutien financier, les associations issues de l’immigration qui développent des projets et des programmations représentant les cultures du Luxembourg, que le festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté et le Salon du livre et des culture du Luxembourg reçoivent enfin une reconnaissance conventionné de la part du Ministère de la Culture, que les équipements culturels soient accessibles et mis à disposition des projets culturels présentés par le mouvement associatif issu de l’immigration, que des conventions culturelles plus nombreuses soient établies avec des pays dont les cultures sont très actives dans le pays d’accueil.

– Que les archives nationales doivent développer une politique volontariste pour créer des fonds mémoriels des archives de l’immigration en général et des associations issues de l’immigration en particulier, que les lieux de mémoires liés aux migrations soient répertoriés dans le pays et inscrit au patrimoine. Une politique éditoriale, littéraire, musicale, muséographique liés aux migrations doit être développée et les artistes mieux soutenus.

– Que le droit au logement devrait être inscrit dans la Constitution luxembourgeoise. Le Congrès préconise une politique volontariste d’accès au logement permettant à chacun d’accéder à un logement décent à un prix abordable.

– Qu’une grande partie de la population âgée issue de l’immigration a peu à peu remplacé son projet de retour au pays par une retraite au Luxembourg. Qu’il y a lieu de se demander si les personnes venues en immigration dans les années 50 et 60 pourront accéder aux maisons de retraite existantes alors que le manque d’information, les problèmes linguistiques et culturels, ainsi que le coût risquent de devenir des barrières lourdes à surmonter. Il y a lieu d’examiner la situation en détail.

Le Congrès considère juste que les citoyens de nationalité étrangère qui résident au Luxembourg, qui participent et contribuent à la création de la richesse économique et culturelle du pays soient associés à toutes les prises de décisions politiques, y compris le droit de vote aux élections législatives, ces dernières engageant l’avenir de tous les habitants du Grand-Duché de Luxembourg. La Citoyenneté de résidence permet de faire le lien entre les dimensions juridique, sociale, culturelle, politique et identitaire. Cette valeur définit l’égalité des droits entre tous les résidents et permet à tous de négocier un devenir dans un projet commun, de faire société ensemble.

Luxembourg, Novembre 2011


 





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