Repères historiques

Carrefour de routes, de frontières, de cultures, l’espace luxembourgeois connaît tout au long de son histoire d’importants échanges migratoires : émigration et immigration s’y sont relayées et chevauchées.

Jusqu’à la révolution industrielle, le Luxembourg a été essentiellement une terre d’émigration : les rendements agricoles faibles et irréguliers ne permettaient pas de nourrir convenablement les habitants. Entre 1841 et 1891, près de 72.000 Luxembourgeois sur une population totale de 200.000 personnes quittent le pays. Cette émigration se dirige surtout vers la France (Paris et la Lorraine), les Etats-Unis, l’Amérique Latine (Brésil, Guatemala et Argentine), ainsi que l’ex-Congo belge (Zaïre).

Le développement industriel

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, le processus d’intégration européenne ainsi que la reprise de la croissance économique, entraîne une nouvelle orientation pour le Luxembourg conduisant à l’installation des premiers fonctionnaires européens ainsi qu’à la reprise de l’immigration des travailleurs italiens qui sortent désormais du milieu sidérurgique et minier pour se déployer vers d’autres secteurs, notamment le bâtiment et les travaux publics.

En manque de main d’œuvre et face à un taux de natalité en baisse, le pays souhaite à la fin des années 1950 stabiliser l’immigration à travers le regroupement familial et signe ainsi une convention avec l’Italie en 1957 ; le patronat luxembourgeois, face aux résultats limités, se tourne toutefois de sa propre initiative vers l’Espagne et le Portugal. En réponse, le Gouvernement signe en 1970 deux accords de main-d’œuvre avec le Portugal et la Yougoslavie ainsi qu’une nouvelle loi sur l’entrée, le séjour et l’accès au travail transformant le système d’embauchage mis en place en 1929 par le système des trois permis de travail.

Ce nouveau type d’immigration a des répercussions profondes sur la composition de l’ensemble de la population : si la concentration des ouvriers portugais, qui représentent dorénavant l’immigration majoritaire, est la plus forte dans le bâtiment et les travaux publics, ils se retrouvent également dans d’autres secteurs comme l’hôtellerie, les services mais aussi le commerce. La démographie luxembourgeoise déficitaire, l’économie en plein essor, on peut dès lors certainement considérer l’immigration au Luxembourg comme un facteur primordial de la simple survie économique. En marge de l’immigration portugaise, italienne, française, allemande et belge, les années 60 et suivantes se caractérisent également par une diversification des immigrations, comme par exemple, l’immigration capverdienne, africaine ou encore d’Europe de l’Est. Le choix de la capitale du pays comme l’une des capitales de l’Union européenne entraîne également un autre phénomène migratoire, à savoir celui lié à la présence des fonctionnaires européens.

Cette nouvelle réalité est également marquée par de nombreuses difficultés sociales vécues par les personnes immigrées, difficultés qui se renforcent en l’absence de solutions en terme d’accueil, de logement et de scolarité des enfants. La réponse institutionnelle donne lieu en 1972 à la création du service social à l’immigration devenu par après Commissariat du gouvernement aux étrangers. La problématique de l’intégration scolaire apparaît à travers un premier débat national sur l’intégration scolaire à la Chambre des Députés sur le thème : Problématique Enseignement – Immigration.

Du point de vue de la participation civile et politique, une bagarre au Pfaffenthal entre Luxembourgeois et Portugais réveille la conscience de la classe politique qui décide d’organiser en 1975 la première Conférence nationale de l’immigration qui débouche sur une certaine institutionnalisation des structures délibératives donnant lieu à la création en 1977 du Conseil national de l’immigration. Face aux revendications politiques liées à la participation électorale au niveau communal, des commissions consultatives pour étrangers sont également crées en 1988.

Immigration à l’heure du Grand-local

En réponse au déclin dans les années 70 de l’industrie sidérurgique, la conversion de l’économie luxembourgeoise vers le secteur tertiaire a de nouveau modifié le caractère socio-économique du pays. La prospérité économique retrouvée du Grand-Duché constitue naturellement un facteur d’attraction pour les régions frontalières de Belgique, de France ou d’Allemagne touchées par le chômage. Les autorités luxembourgeoises favorisent cette immigration qui leur épargne toute politique d’accueil. Ainsi, à partir des années 80, on assiste à une augmentation considérable du nombre de travailleurs frontaliers si bien qu’en 2012, ils représentent 44% des emplois salariés.

Politiques communes

Bien que l’histoire internationale du XXe siècle ait été marquée par d’importants mouvements migratoires liés à la fuite devant la répression, la persécution et la guerre, l’arrivée massive de demandeurs d’asile en provenance des Balkans au début des années 90 provoque un tournant au niveau de l’espace politique européen. Dans ce contexte, l’institutionnalisation de l’espace Schengen par le Traité d’Amsterdam en 1997, puis les accords de Tampere en 1999 visant à la libre circulation des biens et des personnes à l’échelle européenne, marquent aussi la volonté d’une politique commune en matière d’immigration et d’asile.

De 1992 à 1994, 2.538 personnes fuyant l’ex-Yougoslavie, demandent l’asile au Luxembourg. Après la création d’un statut ad hoc avec accès au marché du travail, 1.300 réfugiés de l’ancienne Yougoslavie obtiennent en 1996 une carte d’identité d’étranger d’une durée de 5 années. Une première loi en matière d’asile, laquelle porte sur la création d’une procédure relative à l’examen d’une demande d’asile est créée la même année. En 1998 et 1999, la venue de 4.049 réfugiés essentiellement du Kosovo et du Sandjak, répond à la reprise des massacres au Kosovo.

En mai 2001, le Gouvernement luxembourgeois ouvre une procédure de régularisation à l’issue de laquelle près de 1.900 sans papiers obtiennent une autorisation de séjour. Cette régularisation s’accompagne toutefois d’expulsions, notamment des demandeurs d’asile déboutés d’ex-Yougoslavie.

Ces années 90 sont également significatives en matière de législation relative à l’intégration dorénavant adoptée en fonction des directives européennes. La loi du 27 juillet 1993, concernant l’intégration des étrangers au Grand-Duché de Luxembourg pose ainsi un cadre institutionnel à la politique d’intégration en organisant un ensemble de structures de consultation et de coordination. Sous l’effet de la citoyenneté européenne introduite par le Traité de Maastricht, le droit de vote aux élections communales et européennes est accordé, sous certaines conditions, aux citoyens de l’Union européenne par la loi du 28 décembre 1995.

Le Luxembourg aujourd’hui

Le Luxembourg est aujourd’hui au cœur d’un phénomène de mondialisation : de plus en plus de personnes du monde entier immigrent pour répondre aux exigences de l’économie. Véritable carrefour de cultures, où s’entrecroisent des personnes originaires du monde entier, il ne reste pas moins porteur d’une politique, qui en faisant le choix d’une immigration « choisie », inscrit l’immigration dans une vision utilitariste au détriment du même traitement accordé à tous.

Signe d’une attractivité économique évidente, du succès de sa politique d’immigration et du principe de libre circulation, le Luxembourg réussit à attirer toujours plus de professionnels résidents, ainsi qu’un croissant de travailleurs frontaliers.

Depuis la crise financière de 2008, le pays n’échappe cependant pas à un phénomène d’émigration et de réémigration des pays du sud de l’Europe durement touchés par la crise. Si la présence de jeunes adultes en proie au chômage en Italie, Espagne et Portugal expliquent une part de l’immigration, elle ne saurait suffire à expliquer la présenc